Assassinat d’André Lisito à Thonon-les-Bains | Thonon Souvenirs

Crédit photos et informations : Journal Le Dauphiné.

Retour sur l’histoire

Samedi 26 janvier 1985. André Lisito, 62 ans, buraliste au 71 Grande Rue de Thonon-les-Bains, passe la soirée dans son commerce pour réaliser son inventaire annuel — une habitude pour lui, qui lui arrive même de dormir dans le petit appartement situé au-dessus, qu’il utilise comme bureau. Son épouse Renée, elle, est rentrée au domicile familial du quartier des Charmilles.

Ce soir-là, comme chaque samedi, André se rend vers 21h30 livrer des cigarettes au Carillon, un bar de la ville. Une personne l’accompagne dans sa voiture, mais ne descend pas lors de la livraison. Le buraliste ne s’attarde pas, repart rapidement. C’est la dernière fois qu’on le verra vivant.

Le lendemain matin, Renée s’inquiète de ne pas avoir de nouvelles. Elle se rend au bureau de tabac, trouve porte close, et donne l’alerte. Les pompiers parviennent à forcer l’entrée de l’appartement du dessus. C’est là qu’ils découvrent André Lisito, mort dans la cuvette des toilettes — le corps décapité, la tête introuvable.

C’est la stupeur dans toute la ville. André Lisito était un pied-noir discret, né en 1922 à Alger. Marié à Renée Tavia en 1948, père de deux enfants, il avait rejoint Thonon au moment de l’indépendance algérienne. Après quelques années dans les services administratifs de la Manufacture industrielle de bois, il avait racheté en 1967 le bureau de tabac et dépôt de presse du 71 Grande Rue. Travailleur infatigable, sans fréquentation particulière, sans engagement associatif ni politique — un homme qui avait consacré sa vie à son commerce et à sa famille.

Les enquêteurs reconstituent rapidement la scène. Aucune effraction n’est constatée : le ou les assassins connaissaient les lieux, ou avaient été laissés entrer. Les voisins confient avoir entendu une détonation aux alentours de 22h10 le samedi soir — une douille de 22 long rifle sera retrouvée près du corps. Un couteau, dont la lame avait été rougie à la flamme de la cuisinière à gaz, gisait également à proximité. Une technique qui permet de découper la chair en limitant l’écoulement sanguin. Tout indique une préméditation froide.

Cambriolage qui a mal tourné ? Rien ne semble avoir été volé. En ville, on parle d’un sadique, d’un membre désaxé d’une secte. Une hypothèse plus trouble circule pourtant : André Lisito, né en Algérie, aurait-il eu un lien avec l’OAS, l’Organisation armée secrète fondée en 1961 pour défendre la présence française en Algérie ? Son fils balaie cette piste d’un revers de main. Son père n’a jamais eu d’activité politique, insiste-t-il, et la Croix de guerre qu’il a reçue pour sa bravoure dit assez qu’il n’aurait pas cédé sans résister. Selon lui, c’est une affaire crapuleuse, et rien de plus.

Quant à la tête d’André Lisito, elle n’a jamais été retrouvée. Son meurtrier non plus. Le mystère de la Grande Rue reste entier, plus de 40 ans après les faits.