Place Jules Mercier à Thonon-les-Bains | Thonon Souvenirs
Crédit photos : Page Facebook d’Amir Roti, groupes Facebook « Thonon & Chablais autrefois – Patrimoine Photographique 1870-1970 » et « Thonon/Evian ». Sources historiques : Archives municipales de Thonon-les-Bains, Archives départementales de la Haute-Savoie, documents d’urbanisme (fonds Novarina) et presse locale. Témoignages recueillis auprès de commerçants et habitants, site « Trompe-Loeil.info ».
Histoire détaillée
La place Jules Mercier, aujourd’hui identifiée comme l’un des principaux espaces d’entrée du centre-ville de Thonon-les-Bains, résulte d’une transformation urbaine progressive, étalée sur plus d’un siècle. Située au débouché de l’avenue du Général-de-Gaulle, elle constitue un point de transition entre les axes structurants modernes et le tissu ancien de la ville.
Jusqu’au XIXᵉ siècle, cet espace ne correspond pas à une place aménagée, mais à une zone ouverte du vieil aggloméré, organisée de manière encore peu formalisée. Elle ne portait pas encore le nom de Place Jules Mercier mais Place de la Croix. Il s’agit alors d’un petit marché local, bordé de maisons à la fois bourgeoises et ouvrières, traduisant la mixité sociale et fonctionnelle caractéristique des abords du centre ancien. Avec le développement de Thonon, notamment lié à son attractivité thermale et à son rôle administratif, ce secteur s’intègre progressivement à un réseau de circulation en expansion.
Au début du XXᵉ siècle, la structuration de cet espace s’affirme. En 1923, la municipalité décide de dédier officiellement la place à Jules Mercier (1835–1923), ancien maire et député, figure locale importante. Cette reconnaissance s’inscrit dans une volonté de marquer durablement le paysage urbain par des références politiques et mémorielles. Quelques années plus tard, en 1926, un monument commémoratif y est inauguré à l’occasion du congrès mutualiste départemental, renforçant le rôle symbolique de la place dans la vie publique locale.
Au cours de la première moitié du XXᵉ siècle, le secteur se densifie davantage. L’espace, désormais clairement identifié comme un carrefour urbain, voit se développer un tissu bâti continu mêlant habitations, commerces et services. Cette organisation confère à la place une fonction de centralité locale, en lien direct avec les flux provenant de l’avenue du Général de Gaulle.
Cependant, à partir des années 1950-1960, cette structure traditionnelle est remise en question. Dans le contexte des politiques de modernisation urbaine, la municipalité engage une réflexion sur la transformation du quartier. Sous l’impulsion de l’architecte thononais Maurice Novarina, un projet d’ensemble est élaboré. Celui-ci prévoit la démolition progressive des bâtiments anciens, jugés vétustes ou inadaptés, et leur remplacement par des constructions plus modernes. Entre 1956 et 1976, ces opérations transforment profondément l’aspect de la place, avec l’apparition d’immeubles plus massifs et la recomposition du tissu urbain.
Dans cette dynamique, certains équipements structurants sont également introduits, comme la construction d’un nouveau bureau de poste à la fin du XXᵉ siècle. Malgré ces transformations, la place conserve une activité commerciale notable durant plusieurs décennies, incarnée notamment par des établissements devenus emblématiques pour les habitants, tels que le magasin de cycles Dubouloz ou encore la serrurerie Mudry, le photographe Voide…
À partir des années 2000, une nouvelle phase de mutation s’amorce. Dès 2008, plusieurs bâtiments situés à proximité immédiate sont démolis, parmi lesquels figure la serrurerie Mudry. Le terrain laissé vacant, longtemps abandonné derrière des barrières de chantier, se couvre progressivement d’une végétation abondante, visible depuis l’espace public. Par la suite, la fermeture progressive des commerces existants, comme la boutique de Cycles Dubouloz en 2009, puis du bar Café Gourmand vers 2012, s’accompagne d’une dégradation visible des batiments.
Agnès Salesiani, ancienne gérante du magasin de chaussures Salesiani,
me confiait lors d’un échange :
« Même dans les années 1980, quand on s’est installé, ces
appartements (au-dessus du magasin de cycles) étaient déjà en train
de commencer à tomber en ruine. Lorsque M. Dubouloz est décédé en
2009, ils ont installé une benne a coté du magasin afin de tout
vider. On sentait alors une odeur de renfermé épouvantable lorsque
les meubles étaient jetés.»
Cette situation conduit les pouvoirs publics à engager une requalification complète du secteur. Un diagnostic municipal qualifie alors l’îlot Jules-Mercier de « verrue d’entrée de ville », soulignant son état d’abandon et son inadéquation avec l’image souhaitée pour ce point stratégique. Après plusieurs années de procédures, incluant l’acquisition de parcelles privées, les dernières constructions sont progressivement démolies.
Entre 2025 et 2026, ces opérations aboutissent à la disparition quasi totale du bâti ancien encore présent. L’espace est entièrement dégagé et nivelé, ouvrant la voie à un nouveau projet d’aménagement. L’objectif est de transformer durablement cette entrée de ville en un espace plus lisible, plus accessible et mieux intégré aux circulations piétonnes du centre-ville.
Magasin de cycles « Dubouloz »
Commerce emblématique de la ville, tenu par George DEGRANGE, dit DUBOULOZ. Le magasin ferme en 2009 après son décès. Ce magasin fut une véritable caverne d’Ali Baba des pièces détachées. Anecdote : pour renouveler la vitrine sans avoir a acheter du nouveau matériel, le gérant bougeait dans le sens des aiguilles d’une montre les vélos. Ainsi le vélo en bas a droite se retrouvait en bas a gauche, et pareil pour les autres…
Vers 2008
Vue du magasin de cycles et du restaurant Café Gourmand. Le restaurant fermera ses portes vers 2012.
Histoire du bâtiment, 9 Avenue des Allobroges
Au début, ce batiment abrita le siège thononais du Comptoir d’escompte
du Dauphiné, puis ensuite le laboratoire d’analyses médicales « Dumas
». Enfin, le bâtiment abrita l’atelier de fabrication d’oeuvres en
émaux de Marguerite MAURY.
Ce bâtiment était la propriété de sa famille, elle s’y est installée
jusqu’à la fin des années 1990.
Certaines de ses oeuvres furent exposés dans un petit cadre en verre,
visible depuis le trottoir, sur la facade.
Depuis la fin des années 1990, a la suite de l’arret de l’activité de
Madame MAURY, le bâtiment est déserté et abandonné. Le jeune artiste
Amir Roti, de son vrai nom Pierre-Amir Sassonne, utilisera ce bâtiment
pour réaliser des œuvres de street art.
Sa signature est visible sur plusieurs endroits du bâtiment.
Une de ses oeuvres, encore visible aujourd’hui après la
démolitons des batiments, est une sardine, peinte pendant l’année 2011.
Elle est néanmoins dans un état assez dégradé.
La Place aujourd’hui, après démolition
Débarassée des immeubles, la place est aujourd’hui un espace ouvert et accessible à tous. Un sol en gravillons recouvre désormais le sol. Les piétons peuvent désormais la traverser sans soucis.